ARGENTINE – La recherche des bébés volés de la dictature menacée par la politique de Milei

Actualité Argentine – 18 mai 2026

Cinquante ans après le coup d’État militaire de 1976, la quête des Grands-mères de la Place de Mai pour retrouver les quelque 500 bébés volés sous la dictature est plus que jamais en péril. La politique du président Javier Milei menace les fondements mêmes du travail de mémoire argentin.

Un combat vieux d’un demi-siècle

Entre 1976 et 1983, la junte militaire argentine a fait disparaître environ 30 000 personnes. Parmi les méthodes les plus glaçantes : l’enlèvement de bébés nés en détention, arrachés à leurs mères — souvent assassinées ensuite — et confiés à des familles proches du régime. Les Grands-mères de la Place de Mai, ces femmes au foulard blanc devenues symbole mondial de la résistance à l’oppression, ont réussi à retrouver 140 de ces enfants à ce jour. Mais 360 sont toujours recherchés.

Milei et le révisionnisme mémoriel

Depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2023, Javier Milei a engagé une remise en cause systématique du travail de mémoire. Son gouvernement relativise le nombre de 30 000 disparus, minimise la répression étatique et met en avant les violences des guérillas de gauche — une lecture que les historiens qualifient de révisionniste. Le gouvernement a tenté de supprimer l’Espace de la Mémoire et des Droits humains installé dans l’ancienne ESMA, l’École de mécanique de la Marine, l’un des principaux centres clandestins de torture de la dictature, situé en plein cœur de Buenos Aires.

Des coupes budgétaires ciblées

Les institutions chargées de la mémoire et de la recherche des enfants volés subissent des coupes budgétaires drastiques et des audits à répétition. Les moyens alloués à la Banque nationale de données génétiques — l’outil essentiel pour identifier les enfants volés par comparaison ADN — sont menacés. Cette base, créée grâce au combat des Grands-mères et saluée par la communauté scientifique internationale, avait contribué à faire progresser la génétique forensique dans le monde entier.

Une mobilisation massive le 24 mars

La marche commémorative du 24 mars 2026, date anniversaire du coup d’État, a rassemblé l’une des foules les plus importantes de ces dernières années à Buenos Aires. Sur les banderoles, les mêmes mots revenaient : « Plus jamais ça », « Où sont-ils ? » et « La mémoire est l’avenir ». Des organisations internationales, dont les rapporteurs de l’ONU, ont alerté sur le recul de la justice transitionnelle en Argentine.

Un enjeu universel

Au-delà de l’Argentine, cette affaire interroge la capacité des démocraties à protéger leur mémoire face aux tentations révisionnistes. Le combat des Grands-mères de la Place de Mai, entamé en 1977, se poursuit à un âge où le temps joue contre elles. Estela de Carlotto, présidente de l’association et elle-même grand-mère d’un enfant volé retrouvé en 2014, a 95 ans.

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