17 juin 2026
Face à l’essor des « stylos amaigrissants » injectables, les autorités brésiliennes ont multiplié les coups de filet contre des cliniques esthétiques et des réseaux de distribution opérant hors de toute réglementation sanitaire. Des médecins, des infirmières et des distributeurs ont été arrêtés dans plusieurs États, tandis que les saisies de médicaments non autorisés atteignent des niveaux records.
Une opération d’envergure nationale
Le 7 avril 2026, la Police fédérale (Polícia Federal, PF) et l’Agence nationale de surveillance sanitaire (ANVISA) ont lancé conjointement l’Opération Heavy Pen dans douze États brésiliens. L’objectif déclaré : réprimer « l’entrée irrégulière, la production clandestine, la falsification et le commerce illégal » de médicaments destinés à la perte de poids. Au total, 45 mandats de perquisition ont été exécutés et 24 actions d’inspection menées dans des États aussi divers que São Paulo, le Paraná, le Pará, le Mato Grosso ou encore le Rio Grande do Norte.
Les enquêteurs ont ciblé des groupes impliqués dans la chaîne illicite de ces produits, « depuis l’importation frauduleuse jusqu’à la distribution et la commercialisation irrégulière de substances à usage injectable », selon un communiqué de la PF. Parmi les établissements visés figuraient des laboratoires de manipulation, des cliniques esthétiques et des entreprises agissant en dehors de toute régulation sanitaire.
Des substances non autorisées dans des cliniques esthétiques
Les produits saisis comprennent notamment des substances à base de sémaglutide et de tirzépatide, deux principes actifs largement utilisés dans le traitement de l’obésité, ainsi que de la rétatrutide, une molécule qui ne bénéficie d’aucune autorisation de commercialisation au Brésil. Des médicaments périmés et des hormones non enregistrées auprès de l’ANVISA ont également été retrouvés dans certains établissements.
À Rio de Janeiro, une opération parallèle baptisée Monjauro, conduite par la Police civile (Polícia Civil), a abouti à l’arrestation en flagrant délit d’un médecin et d’une infirmière dans une clinique du quartier de São Conrado. Les enquêteurs y ont découvert des « stylos amaigrissants » interdits, des produits sans homologation et des médicaments dont la date de péremption était dépassée. Les substances étaient distribuées à partir de São Paulo selon les autorités.
La plainte d’une patiente à l’origine du signalement
L’arrestation dans cette clinique a été déclenchée par une dénonciation particulièrement révélatrice. Une patiente venue consulter pour un traitement contre l’infertilité avait quitté l’établissement sans résultat, puis porté plainte. Son témoignage avait conduit la brigade de la défense des consommateurs (Delegacia do Consumidor) à surveiller la clinique avant de procéder à la descente. Le propriétaire médecin et la responsable technique ont été mis en examen pour « crime contre l’ordre fiscal et la relation de consommation ». Dès le lendemain du lancement de l’Opération Heavy Pen, un couple avait par ailleurs été arrêté pour commercialisation illicite de médicaments amaigrissants « d’origine inconnue et ne disposant d’aucune autorisation de l’ANVISA ».
Des saisies en hausse vertigineuse
Les chiffres publiés par la Police fédérale illustrent l’ampleur du phénomène. Les saisies de médicaments amaigrissants sont passées de 609 unités en 2024 à 60 787 en 2025, soit une multiplication par près de cent en un an. Fin mars 2026, 54 577 unités avaient déjà été interceptées, laissant présager un nouveau record annuel. L’ANVISA a par ailleurs relevé que, rien qu’au second semestre 2025, 130 kilogrammes d’ingrédients actifs avaient été importés, une quantité théoriquement suffisante pour préparer 25 millions de doses.
L’ANVISA durcit la surveillance
En réaction à cette situation, l’ANVISA a annoncé de nouvelles mesures visant à renforcer le contrôle sanitaire des médicaments injectables agonistes du récepteur GLP-1, commercialement désignés comme « canetas emagrecedoras » (stylos amaigrissants). Le plan cible en priorité les irrégularités dans l’importation des ingrédients actifs et leur manipulation par les pharmacies. L’agence avait déjà alerté, en février 2026, sur les risques de pancréatite liés à l’usage non encadré de ces produits.
