20 juin 2026
Deux semaines après le second tour de l’élection présidentielle péruvienne du 7 juin 2026, la tension reste vive à Lima. Le candidat de gauche Roberto Sanchez, invoquant des « irrégularités » dans le décompte des voix, a appelé ses partisans à manifester, tandis que les résultats quasi définitifs accordent un léger avantage à la candidate de droite Keiko Fujimori.
Un résultat serré à l’extrême
Après dépouillement d’environ 99,4% des bulletins, Keiko Fujimori recueille 50,11% des suffrages valides contre 49,89% pour Roberto Sanchez, selon les chiffres de l’Office national des processus électoraux (ONPE). L’écart représente environ 39 000 voix. Seulement 0,6% des votes restent à examiner, essentiellement des procès-verbaux contestés. La nuit du 7 juin, alors que 94% des bureaux avaient rendu leurs résultats, les deux candidats n’étaient séparés que de quelque 4 300 voix. C’est au fil du dépouillement des zones rurales, où Sanchez a dominé, que l’avantage a oscillé d’un camp à l’autre avant de se stabiliser en faveur de Fujimori.
La situation rappelle le second tour de 2021, où Pedro Castillo avait finalement battu Fujimori avec 50,1% contre 49,9%, une victoire elle aussi contestée pendant des semaines.
Des allégations rejetées par les observateurs
Roberto Sanchez a appelé ses partisans à manifester pour dénoncer des irrégularités présumées et a réclamé davantage de transparence dans le processus de décompte. Mais les observateurs électoraux de l’Union européenne comme les autorités électorales péruviennes ont rejeté ces allégations, affirmant qu’aucune irrégularité n’avait été constatée lors du scrutin.
Deux visions qui divisent le Pérou
Keiko Fujimori, 51 ans, candidate pour la quatrième fois, a mené campagne sur un programme sécuritaire dans le sillage de son père, l’ancien président Alberto Fujimori. Elle avait promis de « vaincre le terrorisme » et d’instaurer un état d’urgence de 60 jours. Son père est accusé d’avoir ordonné des stérilisations forcées de femmes indigènes et de s’être appuyé sur des « escadrons de la mort » pour des exécutions extrajudiciaires dans les années 1990.
Son rival, Roberto Sanchez, 57 ans, ancien psychologue et ministre du commerce sous la présidence de Pedro Castillo, a misé sur une plateforme axée sur la réforme de la police, des mesures anti-pauvreté et l’élaboration d’une nouvelle constitution par voie de « participation citoyenne ». Il a également promis de gracier Castillo, actuellement en prison après sa tentative avortée de dissoudre le Congrès en 2022. Sanchez lui-même fait l’objet de poursuites pour des irrégularités financières dans son parti, dont l’immunité présidentielle le protègerait s’il accédait au pouvoir.
Un pays en quête de stabilité
Le résultat du scrutin, quel qu’il soit, fera du vainqueur le neuvième président du Pérou en l’espace d’une décennie, une période marquée par une série de démissions forcées et de destitutions. Le politologue Paulo Vilca, de l’Institut des études péruviennes (IEP), l’a résumé ainsi : « Quel que soit le vainqueur, il aura la moitié du pays contre lui. » Cette élection marque par ailleurs le retour d’un parlement bicaméral, Sénat et Chambre des députés réunis, pour la première fois depuis les années 1990.
