Colombie : l’insécurité au cœur du second tour présidentiel du 21 juin

20 juin 2026

Les Colombiens se rendent aux urnes dimanche 21 juin pour un second tour présidentiel qui s’annonce comme un référendum sur le premier gouvernement de gauche de l’histoire du pays. En toile de fond, une flambée de violence inédite depuis dix ans conditionne le débat : l’insécurité est devenue le premier sujet de préoccupation des électeurs, opposant deux visions radicalement différentes de la gestion des groupes armés et du narcotrafic.

Une violence sans précédent depuis l’accord de paix

Ces quinze derniers mois, la Colombie a enregistré une résurgence de la violence qui rappelle les heures les plus sombres du conflit armé. Des dirigeants communautaires ont été assassinés, des civils ont péri dans des attentats, les forces armées et la police ont été prises pour cibles à de multiples reprises, et un candidat à la présidence a lui-même été tué. Cette spirale est attribuée en grande partie aux affrontements entre gangs qui se disputent le contrôle du trafic de cocaïne, dans un pays qui demeure le premier producteur mondial de cette drogue.

Ariel Jamaica, militaire à la retraite de 48 ans interrogé à Bogota, résume le sentiment d’une partie de l’électorat : « Tout ce que je demande, c’est que le prochain président fasse preuve de fermeté. Il y a trop d’insécurité. »

Deux candidats, deux stratégies face aux groupes armés

Abelardo de la Espriella, 47 ans, avocat et homme d’affaires surnommé « Le Tigre », incarne le rejet de la politique de Gustavo Petro. Candidat sous la bannière des « Defensores de la Patria », il prône la fermeté : construction de méga-prisons où les détenus seraient nourris « de pain et d’eau », bombardement des camps de narcotrafiquants avec le soutien de Washington et d’Israël, suppression du tribunal issu de l’accord de paix avec les FARC. Il propose aussi une offensive militaire nationale en 90 jours mobilisant drones et intelligence artificielle, ainsi que l’élimination de 330 000 hectares de plantations de coca.

Son rival, Ivan Cepeda, 63 ans, sénateur et figure du Pacto Histórico de Petro, est l’un des architectes de la stratégie de « paix totale » : engager simultanément des négociations avec l’ensemble des groupes armés. Cette politique, à laquelle ses adversaires imputent l’expansion des organisations criminelles, a été qualifiée d' »échec » par l’ancien président Juan Manuel Santos, lauréat du prix Nobel de la paix, pour sa mauvaise mise en œuvre. Depuis le premier tour, Cepeda a modéré ses positions, se déclarant prêt à revoir certains aspects de la négociation avec les groupes armés.

Un référendum sur le bilan de Gustavo Petro

Le second tour fonctionne en grande partie comme un plébiscite sur la présidence sortante. Interdit de se représenter par la Constitution, Gustavo Petro termine son mandat avec une popularité persistante auprès des classes populaires, reconnaissantes pour la réduction de la pauvreté, la hausse des salaires et la baisse du chômage dans l’un des pays les plus inégalitaires au monde. « Le rejet ou l’approbation du président a vraiment conditionné la campagne », observe Sergio Guzman, directeur du cabinet Colombia Risk Analysis.

Au premier tour du 1er juin, De la Espriella a créé la surprise en prenant la tête du scrutin avec environ 43,7% des voix contre 40,9% pour Cepeda, selon le registre civil national. Petro avait contesté ces chiffres, alléguant que le logiciel de dépouillement avait comptabilisé 800 000 électeurs inexistants, et Cepeda avait lui aussi suspendu tout commentaire dans l’attente du processus officiel de vérification.

L’ombre de Washington sur la campagne

Les relations avec les États-Unis constituent un marqueur supplémentaire de ce scrutin. Donald Trump, qui avait eu des altercations répétées avec Gustavo Petro, a apporté dans l’entre-deux-tours un soutien appuyé à De la Espriella, admirateur déclaré des présidents Trump, Nayib Bukele (Salvador) et Javier Milei (Argentine). Si De la Espriella l’emportait, il entend renforcer « l’alliance militaire avec les États-Unis et avec l’État d’Israël », après que Petro eut rompu les relations diplomatiques avec Israël en 2024 en raison de la guerre à Gaza.

Ivan Cepeda a pour sa part prévenu que son pays ne se transformerait pas en « colonie » des États-Unis, tout en se disant ouvert à une relation « constructive » avec Washington. Kevin Guetivo, agriculteur de 28 ans dans le département amazonien du Putumayo, dit pour sa part être « inquiet » face à un candidat qui « cherche à détruire l’environnement ».

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