22 juin 2026

L’avocat d’affaires d’extrême droite Abelardo de la Espriella a remporté, selon le dépouillement préliminaire, le second tour de l’élection présidentielle colombienne dimanche 21 juin, avec 49,7% des voix contre 48,7% pour le sénateur de gauche Iván Cepeda. L’écart, inférieur à un point, en fait l’élection la plus serrée de l’histoire récente du pays. Le candidat de gauche conteste toutefois une partie du dépouillement.
Une victoire à l’arraché, encore contestée
Avec 99,9% des bulletins comptés selon le décompte rapide des autorités électorales, Abelardo de la Espriella, avocat de 47 ans surnommé « El Tigre », devance Iván Cepeda, 63 ans, proche du président sortant Gustavo Petro. Ce résultat préliminaire n’a toutefois pas été certifié : un décompte manuel officiel, plus lent, doit encore être réalisé dans les prochains jours. La campagne de Cepeda conteste les résultats d’environ 33 000 bureaux de vote sur les 122 000 que compte le pays, qualifiant le décompte rapide de résultat « non officiel et non contraignant ». Le président Petro a, de son côté, évoqué sans preuve des irrégularités et appelé au calme, affirmant qu’aucun des deux candidats ne pouvait être « proclamé » avant la ratification du dépouillement.
La sécurité, enjeu numéro un du scrutin
Le scrutin s’est déroulé sur fond de résurgence de la violence armée, dix ans après l’accord de paix historique signé avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Le pays a enregistré l’an dernier 14 780 homicides, un record depuis au moins 2015, tandis que les cas d’extorsion ont atteint 13 417 en 2025, soit plus du double de 2015. Les groupes armés illégaux, qui comptent aujourd’hui plus de 27 000 membres, un effectif qui aurait doublé en cinq ans, continuent de se disputer le contrôle du trafic de drogue et de l’exploitation minière illégale. Le candidat conservateur Miguel Uribe avait d’ailleurs été assassiné en pleine campagne.
Un programme de rupture inspiré du modèle salvadorien
De la Espriella a fait campagne sur une ligne sécuritaire dure, promettant de mettre fin aux négociations engagées par Petro avec les groupes dissidents et de lancer une campagne de 90 jours de frappes aériennes, avec un soutien américain, contre les « camps de narco-terroristes ». Il a aussi annoncé vouloir construire dix méga-prisons sur le modèle du président salvadorien Nayib Bukele, intensifier les attaques contre les avions et embarcations de trafiquants, et rouvrir le pays à la fracturation hydraulique en levant le moratoire décrété par Petro sur les nouveaux contrats pétroliers et miniers. Iván Cepeda, à l’inverse, s’était engagé à poursuivre la politique de paix totale de Petro, fondée sur le dialogue avec les groupes armés et le maintien des programmes sociaux.
Une nouvelle étape du virage à droite en Amérique latine
Le président américain Donald Trump avait personnellement soutenu la candidature de De la Espriella, qualifiant Cepeda de « marxiste de la gauche radicale », et l’a félicité après l’annonce des résultats préliminaires. Le secrétaire d’État Marco Rubio a lui aussi salué la victoire du candidat de droite. Cette élection s’inscrit dans un mouvement plus large de bascule à droite en Amérique latine, où l’Argentine, la Bolivie, le Chili, le Costa Rica, l’Équateur, le Salvador, le Honduras et le Paraguay sont déjà dirigés par des gouvernements de droite ou de centre droit. De la Espriella, qui détient aussi la nationalité américaine et italienne, doit prendre ses fonctions le 7 août pour un mandat de quatre ans.
