Le Guatemala lance un mécanisme pour retrouver les 45 000 disparus de sa guerre civile

20 juin 2026

Le président guatémaltèque Bernardo Arévalo a officiellement lancé, vendredi 19 juin, le Mécanisme humanitaire de recherche des personnes disparues durant le conflit armé interne 2026-2036 (MEBHU, selon son acronyme espagnol). La cérémonie s’est tenue dans le Patio de la Paz du Palais national de la Culture, en présence de représentants des trois pouvoirs de l’État, de la société civile et d’organisations de coopération internationale. Ce dispositif répond à une dette historique du Guatemala envers les victimes de sa guerre civile, qui a duré trente-six ans, de 1960 à décembre 1996.

Trente ans après la paix, une blessure toujours ouverte

La guerre civile guatémaltèque a laissé environ 200 000 personnes tuées ou disparues, dont quelque 45 000 disparus forcés et plus de 1,5 million de déplacés. La majorité des victimes appartenait aux peuples indigènes mayas, particulièrement dans les régions ayant subi les massacres et opérations militaires les plus intenses. En 2004, le Congrès avait déclaré urgence nationale la recherche de ces personnes, mais aucun mécanisme d’État n’avait jamais été mis en place pour coordonner concrètement cette tâche.

Lors du lancement, Arévalo a rappelé que le conflit a marqué une génération entière et que le chemin vers la réconciliation a été « long, difficile et lent ». Il a décrit la disparition forcée comme « l’une des blessures les plus profondes » laissées par la guerre et a présenté le MEBHU comme un premier pas pour « donner une réponse à ce qui a affecté des milliers de familles pendant des décennies ».

Un mécanisme de coordination, pas un tribunal

Le MEBHU a été présenté par la Commission présidentielle pour la paix et les droits humains (COPADEH), dont le directeur Elvyn Díaz a insisté sur la nature coordinatrice du dispositif : il articule institutions publiques et organisations spécialisées pour localiser, identifier scientifiquement et restituer avec dignité les restes des personnes disparues. Il prévoit la création d’un registre officiel de victimes, un accompagnement psychosocial et juridique pour les familles, ainsi que des protocoles de protection des preuves et de la mémoire historique.

Arévalo a précisé que le mécanisme « ne se substitue pas à l’action de la justice » : son rôle est strictement humanitaire. Il engage toutefois l’État à « garantir le droit à la vérité, à la mémoire, à la réparation intégrale et aux garanties de non-répétition ». Le Décret gouvernemental 100-2026 oblige toutes les institutions de l’Exécutif à participer au plan de recherche, dans le cadre des accords de paix signés en 1996.

160 exhumations, mais 70% des victimes sans identification

Paulo Estrada, président de la FAMDEGUA (Association des familles de détenus et disparus du Guatemala), a salué la création du MEBHU comme « une petite lumière brillante » après des décennies de recherche menées quasi exclusivement par les familles et des associations. Sa fondation a conduit plus de 160 processus d’exhumation à travers le pays, permettant de récupérer plus de 1 800 ossements, mais seulement 30% ont pu être identifiés et restitués à leurs familles pour une sépulture digne. Selon des données citées par l’agence Associated Press, des gouvernements précédents avaient par ailleurs laissé à l’abandon quelque 54 000 dossiers de personnes disparues.

Des archives militaires encore inaccessibles

L’un des enjeux centraux du MEBHU sera l’accès aux zones militaires, brigades et détachements mentionnés dans des plaintes faisant état de cimetières clandestins. Ces sites sont restés fermés aux enquêteurs malgré des « plaintes fondées », selon Estrada. Il a cité notamment une ancienne zone militaire dans le département d’Alta Verapaz, dans le nord du pays, où des « centaines de personnes » auraient été enterrées secrètement. Le nouveau mécanisme devrait, selon les espoirs des associations, faciliter l’accès à ces installations. Le MEBHU prévoit également des actions spécifiques pour les cas d’enfants et d’adolescents disparus ou victimes d’adoptions irrégulières durant le conflit, une dimension distincte et documentée qui concerne plusieurs centaines de familles.

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